Pourquoi le cheval doit-il manger du foin ? (et pourquoi les céréales peuvent nuire à sa santé)
L’alimentation du cheval repose encore aujourd’hui sur de nombreuses idées reçues. Parmi elles, une croyance persiste : les céréales seraient indispensables pour apporter de l’énergie, notamment chez les chevaux de sport. Pourtant, les recherches scientifiques récentes montrent que cette approche est souvent inadaptée à la physiologie du cheval. À l’inverse, le foin, parfois considéré comme un simple aliment de base, joue en réalité un rôle central dans sa santé digestive, métabolique et comportementale.
Pour comprendre pourquoi, il faut revenir à la biologie même du cheval. C’est un herbivore monogastrique dont le système digestif est conçu pour fonctionner en continu. Son estomac est de petite taille, ce qui limite la quantité d’aliments qu’il peut recevoir à un instant donné. En revanche, son gros intestin, composé du cæcum et du côlon, est extrêmement sous développé et abrite une population dense de micro-organismes. Ce microbiote est essentiel : il permet la fermentation des fibres et la production d’acides gras volatils, qui constituent la principale source d’énergie du cheval.
Dans son environnement naturel, le cheval passe entre douze et seize heures par jour à brouter. Cette ingestion continue de fibres n’est pas anodine. Elle permet de maintenir un flux constant dans le système digestif, de stabiliser le microbiote et de réguler l’acidité gastrique. En effet, le cheval produit de l’acide gastrique en permanence. Sans apport régulier de nourriture, cet acide peut attaquer la muqueuse de l’estomac, favorisant l’apparition d’ulcères. La mastication du foin stimule la production de salive, qui joue un rôle tampon essentiel contre cette acidité.
Le foin n’est donc pas seulement une source de fibres “de remplissage”. Il fournit une énergie de qualité, libérée progressivement grâce à la fermentation dans le gros intestin. Contrairement aux glucides qui sont issus des céréales, cette énergie ne provoque pas de pic glycémique. Elle est stable, durable et parfaitement adaptée aux besoins du cheval, y compris pour des efforts prolongés. Plusieurs études ont montré que des rations riches en fourrage permettent une meilleure stabilité métabolique et une utilisation plus efficace de l’énergie.
À l’inverse, les céréales posent plusieurs problèmes. Elles sont riches en amidon, un glucide qui doit être digéré dans l’intestin grêle. Or, la capacité de digestion de l’amidon chez le cheval est limitée. Lorsque cette capacité est dépassée, une partie de l’amidon non digéré arrive dans le gros intestin. Là, il est fermenté rapidement, ce qui entraîne une production d’acide lactique et une baisse du pH. Ce phénomène, appelé acidose, perturbe profondément l’équilibre du microbiote intestinal. Les conséquences peuvent être importantes. On observe une augmentation du risque de coliques, de diarrhées et d’inflammations digestives. Mais ce déséquilibre ne s’arrête pas au système digestif. Il peut également favoriser des troubles métaboliques, notamment l’hyperinsulinémie, qui est aujourd’hui reconnue comme un facteur majeur de la fourbure. Les pics d’insuline provoqués par les rations riches en sucres et en amidon sont particulièrement problématiques chez les chevaux sensibles, comme les poneys ou les chevaux en surpoids.
L’alimentation influence également le comportement. Une ration riche en céréales peut entraîner des variations rapides de la glycémie, associées à une augmentation de l’excitabilité ou du stress. À l’inverse, une alimentation basée sur le foin favorise un comportement plus calme et plus stable. Cela s’explique à la fois par la libération progressive de l’énergie et par le respect du comportement naturel de mastication prolongée.
Ces constats amènent aujourd’hui à reconsidérer la place des céréales dans la ration. Contrairement à une idée largement répandue, elles ne sont pas indispensables, même chez les chevaux de sport. Les besoins énergétiques peuvent être couverts par d’autres sources, comme les fibres digestibles ou les matières grasses, qui présentent moins de risques pour la santé digestive et métabolique.
Dans de nombreux cas, il est même possible de nourrir un cheval uniquement au foin, à condition que celui-ci soit de bonne qualité et que la ration soit correctement équilibrée. Ce type d’alimentation permet de réduire les troubles digestifs, d’améliorer la stabilité métabolique et de limiter les risques d’ulcères. Toutefois, il est important de veiller à la complémentation en minéraux et vitamines, car le foin seul ne couvre pas toujours l’ensemble des besoins.
La quantité de foin distribuée est un élément clé. Les recommandations actuelles suggèrent un apport minimum de 1,5 à 2 % du poids corporel en matière sèche par jour. Pour un cheval de 500 kg, cela représente environ 7,5 à 10 kg de foin. Idéalement, ce fourrage doit être disponible en continu ou distribué en plusieurs repas afin d’éviter les périodes de jeûne prolongé.
Malgré les connaissances scientifiques actuelles, certaines erreurs restent fréquentes. Beaucoup de chevaux reçoivent encore trop peu de foin et trop de concentrés. D’autres sont nourris en seulement deux repas par jour, ce qui est en contradiction avec leur physiologie. La qualité du foin est également souvent négligée, alors qu’elle influence directement sa valeur nutritionnelle et son impact sur la santé.
Revenir à une alimentation centrée sur le foin ne signifie pas adopter une approche simpliste. Il s’agit au contraire d’une démarche réfléchie, basée sur la compréhension des besoins biologiques du cheval. Cela implique d’adapter la ration à chaque individu, en tenant compte de son âge, de son activité, de son état de santé et de son environnement.
Aujourd’hui, le consensus scientifique est clair : les fibres doivent constituer la base de l’alimentation équine, tandis que les apports en amidon doivent être limités. Cette approche permet non seulement de prévenir de nombreuses pathologies, mais aussi d’améliorer le bien-être global du cheval.
En définitive, le foin n’est pas un simple aliment de base. C’est le pilier de la santé du cheval. À l’inverse, les céréales, bien que pratiques et énergétiques, doivent être utilisées avec prudence et discernement. Adapter l’alimentation à la physiologie du cheval, c’est faire le choix d’une approche plus respectueuse, plus durable et plus efficace sur le long terme.

Références scientifiques
- Harris, P., Ellis, A., Fradinho, M. et al. (2017). Review: Feeding conserved forage to horses: recent advances and recommendations. Animal.
- Julliand, V., de Fombelle, A., Drogoul, C., Jacotot, E. (2001). Feeding and microbial disorders in horses: Part 3 – Effects of three hay:grain ratios on microbial profile and activities. Journal of Equine Veterinary Science.
- de Fombelle, A., Varloud, M., Goachet, A. et al. (2004). Characterization of the microbial and biochemical profile of the different segments of the digestive tract in horses given two distinct diets. Animal Science.
- Medina, B., Girard, I.D., Jacotot, E., Julliand, V. (2002). Effect of a preparation of Saccharomyces cerevisiae on microbial profiles and fermentation patterns in the large intestine of horses fed a high fiber or a high starch diet. Journal of Animal Science.
- Hothersall, B., Nicol, C.J. (2009). Role of diet and feeding in normal and stereotypic behaviors in horses. Veterinary Clinics of North America: Equine Practice.
- NRC (2007). Nutrient Requirements of Horses. National Research Council.