Amidon et santé digestive du cheval
Un équilibre fragile souvent sous-estimé...
L’alimentation moderne du cheval repose encore largement sur l’utilisation de céréales riches en amidon. Pourtant, ce choix nutritionnel est de plus en plus remis en question par la recherche scientifique. Derrière son apparente efficacité énergétique, l’amidon cache une réalité plus complexe : il peut profondément perturber l’équilibre digestif du cheval lorsqu’il est consommé en excès ou mal réparti dans la ration.
Pour comprendre cet impact, il est essentiel de revenir au fonctionnement digestif du cheval. L’amidon est un glucide complexe qui doit être digéré dans l’intestin grêle grâce à des enzymes spécifiques. Chez le cheval, cette capacité enzymatique est limitée. Contrairement à l’humain ou au porc, le cheval n’est pas adapté à digérer de grandes quantités d’amidon en une seule prise.
Lorsque la quantité d’amidon ingérée dépasse la capacité de digestion de l’intestin grêle, une partie de cet amidon non digéré se retrouve dans le gros intestin. C’est là que les problèmes commencent. Le microbiote intestinal, qui est normalement spécialisé dans la fermentation des fibres, se retrouve exposé à un substrat inhabituel. Certaines bactéries vont alors fermenter cet amidon de manière rapide, produisant de l’acide lactique.
Cette production d’acide entraîne une baisse du pH dans le gros intestin, un phénomène appelé acidose. Ce déséquilibre modifie profondément la composition du microbiote. Les bactéries bénéfiques, sensibles aux variations de pH, diminuent, tandis que d’autres micro-organismes, parfois pathogènes, prolifèrent. Ce changement de flore peut provoquer des troubles digestifs allant de simples inconforts à des pathologies plus graves.
Les coliques sont l’une des conséquences les plus connues. Elles peuvent résulter de fermentations anormales, de production de gaz ou d’une perturbation de la motricité intestinale. Mais les effets de l’excès d’amidon ne s’arrêtent pas là. L’acidose intestinale peut entraîner une inflammation de la paroi digestive, augmentant sa perméabilité. Cela favorise le passage de toxines dans la circulation sanguine, avec des répercussions systémiques.
Parmi ces répercussions, la fourbure occupe une place centrale. Cette pathologie douloureuse du pied est aujourd’hui largement associée à des déséquilibres digestifs et métaboliques. L’arrivée massive d’amidon dans le gros intestin est l’un des facteurs déclencheurs identifiés. Elle entraîne une cascade d’événements inflammatoires et vasculaires qui peuvent aboutir à une atteinte des structures internes du pied.
L’amidon a également un impact sur la régulation de l’insuline. Les rations riches en glucides non structuraux provoquent des pics de glycémie, suivis d’une réponse insulinique importante. Chez certains chevaux, notamment ceux présentant une sensibilité à l’insuline, cette réponse peut être excessive. À long terme, cela favorise le développement de troubles métaboliques, comme le syndrome métabolique équin.
Pour aller plus loin :
Au-delà des aspects physiologiques, l’excès d’amidon influence aussi le comportement. Les variations rapides de la glycémie peuvent se traduire par des changements d’humeur, une augmentation de l’excitabilité ou une diminution de la concentration. Ces effets sont souvent observés chez les chevaux recevant des rations riches en céréales, notamment en période de travail intensif.
Face à ces constats, les recommandations actuelles visent à limiter les apports en amidon. Il ne s’agit pas nécessairement de supprimer totalement les céréales, mais de mieux contrôler leur utilisation. La quantité d’amidon par repas est un facteur clé. Des apports fractionnés permettent de réduire le risque de surcharge de l’intestin grêle et donc le passage d’amidon dans le gros intestin.
Le choix des aliments joue également un rôle important. Toutes les céréales n’ont pas le même impact. Leur digestibilité dépend de leur composition et de leur mode de transformation. Par exemple, les céréales floconnées ou extrudées sont généralement mieux digérées que les céréales brutes. Cependant, même dans ces cas, une vigilance reste nécessaire.
Une alternative intéressante consiste à remplacer une partie de l’amidon par des sources de fibres digestibles. Des aliments comme la pulpe de betterave ou les coques de soja fournissent de l’énergie sans provoquer de pic glycémique. Ils sont fermentés lentement dans le gros intestin, produisant des acides gras volatils de manière stable. Cette approche permet de couvrir les besoins énergétiques tout en respectant la physiologie digestive du cheval.
Les matières grasses constituent également une source d’énergie intéressante. Elles sont bien digérées dans l’intestin grêle et n’affectent pas le microbiote du gros intestin. Leur utilisation est particulièrement adaptée chez les chevaux de sport, qui ont des besoins énergétiques élevés.
Il est également essentiel de maintenir un apport suffisant en fibres longues, principalement sous forme de foin. Le fourrage joue un rôle protecteur en stabilisant le microbiote et en limitant les variations de pH. Il favorise également la mastication et la production de salive, contribuant à la santé gastrique.
En pratique, une alimentation équilibrée repose sur quelques principes simples : privilégier les fibres, limiter l’amidon, fractionner les repas et adapter la ration aux besoins individuels du cheval. Cette approche permet de réduire les risques digestifs tout en assurant un apport énergétique suffisant.
L’évolution des connaissances scientifiques conduit aujourd’hui à repenser l’utilisation des céréales dans l’alimentation équine. Loin d’être indispensables, elles doivent être utilisées avec prudence et intégrées dans une stratégie globale visant à préserver la santé digestive.

Sources :
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